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Madagascar actualités 1994
La Grande Île peine à panser les plaies laissées par son tyran marxiste, et ce en dépit des efforts du président Zafy. À ce triste héritage sont venues s'ajouter les calamités naturelles. La progression de la lèpre est jugée proprement dramatique - Madagascar est le troisième pays dans le monde pour le nombre de lépreux rapporté au nombre d'habitants -, et le passage du cyclone Geralda, en février, a apporté sa pierre à l'édifice de la désespérance. L'année 1994 a confirmé la tendance à l'inertie de la IIIe République, issue de l'élection présidentielle de 1993. Les trois centres du pouvoir (la présidence de la République, la présidence du Parlement et le gouvernement) n'ont cessé de se concurrencer, paralysant en maintes occasions le processus de prise de décision. Le président Zafy, entouré de conseillers aux opinions opposées, révèle de grandes difficultés à trancher les questions sensibles ; le Premier ministre, Francisque Ravony, conscient de la fragilité de sa majorité parlementaire, a dû composer avec l'Assemblée nationale, dont le président, Richard Andriamanjato, a torpillé nombre de ses initiatives. La complexité du jeu politique n'a pas encouragé les investisseurs étrangers, lesquels ont d'ailleurs accueilli avec méfiance la décentralisation administrative qui a entraîné la création d'une vingtaine de collectivités territoriales dotés de moyens financiers et de pouvoir de décision. À la fin du premier trimestre, les autorités malgaches n'avaient toujours pas obtenu d'accord avec la Banque mondiale et le FMI sur leur programme de réformes. Ainsi est-ce environ 1 milliard de dollars qui n'avait pas été encaissé un an après l'élection de A. Zafy. Il est vrai que le gouvernement a fait preuve à plusieurs reprises d'incurie, n'ayant tout simplement pas élaboré à temps les documents nécessaires aux négociations. Dans ces conditions, Antananarivo a dû, pour résoudre ses problèmes de devises, user d'expédients. Le prix de la vanille malgache à l'exportation est passé de 74 à 60 dollars le kilo au cours de l'année 1994. De plus, la Grande Île a été contrainte d'en vendre, à un prix inférieur, une cargaison de 50 tonnes pour obtenir les devises nécessaires à l'achat de 12 000 tonnes de riz en janvier.
De négociations avec les institutions de Bretton Woods ont pu finalement se dérouler en avril, à Washington, et, le mois suivant, un accord-cadre de politique économique a été adopté par le gouvernement.
Globalement, le pays survit grâce au développement de l'économie parallèle, avec une inflation avoisinant les 18 % par an. Toutefois, la création de la zone franche d'exportation, qui offre aux industriels mondiaux de la confection une main-d'uvre peu chère et particulièrement habile, a permis au pays de renouer avec la croissance (estimée à 1 % en 1994). Cette même année 1994, une quarantaine d'entreprises (françaises et mauriciennes) avaient investi 12 millions de dollars et créé quelque 5 000 emplois. Les atouts touristiques ne sont pas, loin s'en faut, exploités, mais les 68 000 visiteurs étrangers accueillis cette année auront laissé leur lot de devises. Avec un PNB par habitant d'environ 230 dollars selon la Banque mondiale, Madagascar fait toujours partie des pays très pauvres.
Madagascar actualités 1995
La majorité des Malgaches attend toujours les améliorations escomptées après la chute du président Didier Ratsiraka et de son régime en 1991. Nombre d'entre eux ont perdu espoir, trop occupés à faire face aux conséquences de la crise économique et lassés par les rivalités qui paralysent le pouvoir. Les multiples remaniements ministériels intervenus depuis 1993 ont été impuissants à mettre fin aux luttes d'influences s'exerçant entre les trois pôles du pouvoir: le président Albert Zafy, le Premier ministre, Francisque Ravony, et le président de l'Assemblée nationale, Richard Andriamanjato. Élu au suffrage universel, le président Zafy doit théoriquement laisser la gestion de l'exécutif au chef du gouvernement.
Mais il est aussi, selon la Constitution de la IIIe République, le ray aman-dreny, un titre réservé autrefois aux rois, qui en fait l'autorité morale de la nation. Fort de cet héritage régalien, le président ne ménage pas ses interventions pour grignoter davantage de pouvoirs dans la sourde lutte qui l'oppose à ses collègues du triumvirat. Le Premier ministre a été élu par une Assemblée nationale dans laquelle son parti dispose de 2 sièges sur 138. N'ayant pratiquement aucune autorité ni sur le Parlement ni sur le gouvernement, il tente sans grand succès de s'opposer aux multiples débordements du président de l'Assemblée nationale.
Après plus de deux ans de pouvoir, les autorités n'ont encore pas prouvé qu'elles savaient mieux gérer le pays que l'équipe du président D. Ratsiraka. D'un socialisme autoritaire, les Malgaches sont passés à une démocratie libérale qui cherche ses marques. La cacophonie qui règne au sommet de l'État a été particulièrement flagrante lorsqu'il s'est agi de déterminer la position de Madagascar à l'égard des institutions de Bretton Woods: le Premier ministre souhaitait un accord avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, alors que le président de l'Assemblée nationale, fidèle à un discours populiste, estimait ce recours superflu. Finalement, un nouveau round de négociations a débouché sur la signature, en février 1995, d'une lettre d'intention entre les autorités malgaches et le FMI en vue de l'octroi d'une « facilité d'ajustement structurel ». En revanche, les négociations avec la Banque mondiale étaient encore dans l'impasse à la fin de l'année. Pour compenser l'absence de devises, les autorités ont ordonné le recours à des financements parallèles, empruntés à des taux prohibitifs et, probablement, assortis de larges commissions. Pour financer le déficit budgétaire, l'État a créé de la monnaie à un rythme inquiétant : l'inflation, conséquence de l'emballement de la planche à billets, contenue à 25 % en 1993, avait quasi doublé l'année suivante. À l'impéritie du pouvoir et à la corruption s'ajoutent donc de très importantes difficultés économiques. Aussi, du fait des réserves du FMI, l'attentisme était de mise chez les donateurs et les investisseurs. D'ailleurs, la Caisse française de développement premier bailleur de fonds a placé Madagascar sous sanction maximale.
Dans ces conditions, Antananarivo a décidé d'orienter sa diplomatie sur de nouvelles voies. C'est ainsi que Madagascar a reçu, au cours du premier semestre l995 , plusieurs délégations commerciales étrangères (Israël, Corée du Sud, Taiwan, entre autres). Dans le même souci, la Grande Île s'est inscrite dans le projet d'Indian Ocean Rim Association qui doit réunir les pays riverains de l'océan Indien , et une délégation malgache a assisté, en juin, en Australie, à une réunion régionale consacrée à ce sujet.
En attendant que tout cela porte ses fruits, les Malgaches devront se contenter de leurs acquis : une presse écrite plus libre qui joue déjà son rôle de quatrième pouvoir, le développement des mouvements associatifs et la possibilité de sanctionner les dirigeants par le jeu d'élections pleinement démocratiques.
Madagascar actualités 1996
La Grande Île a connu en 1996 un de ces moments de confusion politique dont elle a le secret : destitution du président Albert Zafy par les députés, confirmation de l'empêchement par la Haute Cour constitutionnelle et néanmoins rétablissement du chef de l'État, présent dans la course à la présidence , jusqu'au retour remarqué de l'ancien chef de l'État Didier Ratsiraka, sorti opportunément de sa retraite parisienne. Paralysie des institutions, affaires de corruption, insécurité dans les campagnes, mais aussi dans la capitale, montée de la misère : voilà sommairement résumée la situation malgache, dont le président Albert Zafy ne peut plus rejeter la responsabilité sur le Premier ministre, puisque, depuis le référendum de septembre 1995, il nomme lui-même le chef du gouvernement. Il n'aura fallu que trois ans de pouvoir, marqués par la crise économique et l'instabilité politique, pour que le président finisse par faire l'unanimité contre lui. Critiqué pour sa personnalisation du pouvoir et son inaction, Albert Zafy est tombé, le 26 juillet sous le coup d'une motion d'empêchement, votée à la majorité des deux tiers des députés (99 voix sur 138). Cette motion, destinée à interrompre prématurément le mandat présidentiel, a été confirmée le 5 septembre par la Haute Cour constitutionnelle (HCC). Celle-ci a justifié l'empêchement par le fait que le président avait violé la Constitution de 1992 en retardant l'adoption de plusieurs lois, notamment sur la décentralisation, et en rattachant aux services de la présidence l'inspection générale de l'Etat, instrument de contrôle de l'administration. Il lui a également été reproché de n'avoir ni installé le Sénat prévu par la Constitution, ni mis en place un pouvoir judiciaire indépendant. Quelques heures plus tard, Albert Zafy annonçait à la télévision nationale qu'il quitterait ses fonctions le 10 octobre, sans toutefois mentionner la décision de la HCC. Dans la mesure où la Constitution interdit théoriquement à un président empêché de poser sa candidature à sa propre succession, Albert Zafy entendait devancer la confirmation officielle par la HCC de sa destitution afin de pouvoir se représenter. Ayant habilement réussi à exploiter les lacunes et les imperfections de la Constitution de 1992, Albert Zafy a donc réussi à présenter sa candidature à l'élection présidentielle du 6 novembre. En revanche tout indiquait que la victoire remportée sur le front des arguties juridiques ne devait lui être d'aucun secours face aux électeurs. Ainsi, à l'issue du premier tour, le président sortant (18,29 % des voix) se trouvait devancé par l'ancien chef de l'État, Didier Ratsiraka (35,53 %). Le second tour devait être organisé dans les trente jours suivant l'annonce des résultats officiels et dont la collecte allait prendre plusieurs semaines.
Cette incertitude politique n'a pas paru de nature à rassurer les donateurs ni le Fonds monétaire international, bien que les députés aient enfin voté un projet de loi rectificative de finances qui devrait permettre l'ouverture de négociations avec le FMI. Il est vrai que les crises politiques et le goût des dirigeants pour les financements parallèles au nom de l'indépendance financière du pays ont empêché, depuis 1991, la signature de nouveaux accords, dont dépendent aussi la reprise des aides bilatérales. Quel que soit l'avenir des négociations avec les institutions financières internationales, la Grande Île n'est pas au bout de ses peines, car les opposants qui ont obtenu le départ d'Albert Zafy ont formé une coalition contre nature qui risque d'éclater à l'instar de ce qui s'est passé après la chute du régime de D. Ratsiraka. Enfin, le retour de ce dernier sur le devant de la scène politique ne laisse pas d'étonner quand on se souvient de la situation catastrophique qu'il avait léguée à Albert Zafy en 1993 : une croissance inférieure à la progression démographique et un endettement correspondant à un ratio record de 110 % par rapport au PIB.
Madagascar actualités 1997
Largement battu en 1993 après un règne de dix-huit ans, Didier Ratsiraka a pris en 1997 sa revanche sur Albert Zafy, le président sortant, avec toutefois une très courte victoire : selon les résultats du second tour de l'élection présidentielle organisée le 29 décembre 1996, et proclamés avec plus d'un mois de retard, 45 000 suffrages seulement, sur plus de 3 millions, séparaient l'amiral en retraite (50,71 %) de son rival (49,29 %).
Le « roi Didier », comme on l'appelle ici, est donc redevenu chef de l'État. Il s'agit en l'espèce d'une véritable résurrection de celui qui fut l'artisan, en 1973, de la « seconde indépendance » malgache. Celle-ci, sous le signe d'un socialisme autoritaire et corrompu, devait conduire la Grande Île à la faillite au milieu des années 1980.
On se souvient que D. Ratsiraka avait changé son fusil d'épaule en se convertissant soudainement, mais de toute évidence trop tard, à un libéralisme économique doublé d'une ouverture politique. L'étonnant retour de celui à qui la rue avait alors crié « Miala! » (va-t-en!) est la conséquence des erreurs et des faiblesses de son successeur et prédécesseur. Les trois années de présidence de A. Zafy resteront synonymes d'incompétence et d'indécision. Sous son mandat, la corruption qu'il avait promis de combattre s'est en effet largement développée. Mal entouré, mal conseillé, manquant singulièrement d'autorité, ce dirigeant populiste aura provoqué une immense déception et une fronde parlementaire. Il fut en effet destitué de ses fonctions par les députés en juillet 1996, une décision confirmée par la justice en septembre. Pour sa part, D. Ratsiraka, dont la gestion est loin d'avoir laissé un souvenir impérissable, est revenu au bon moment. Le gouvernement sortant avait déblayé le terrain en renouant, en novembre, avec les institutions de Bretton Woods.
Ainsi, le FMI a décidé d'accorder à la Grande Île une facilité d'ajustement structurel, ouvrant la voie à un réaménagement de la dette extérieure, qui avoisine quelque 5 milliards de dollars. Mais le répit pour Madagascar risque fort de ne guère durer. Les financements du FMI, comme ceux de Paris, sont essentiellement destinés à aider le gouvernement à rembourser une partie de ses dettes. Cela ne règle en rien les arriérés (50 % de la dette malgache) qui ont été exclus du rééchelonnement. Quant à la question des remboursements normaux à partir de 1999, elle demeure sans aucune solution. Madagascar n'a donc rompu avec son état d'insolvabilité que de manière provisoire.
Pourtant, d'ores et déjà, certains groupes miniers et pétroliers ont commencé à prospecter dans la Grande Île en pariant sur une amélioration du climat économique et politique. C'est le cas de la compagnie américaine Phelps Dodge Corporation, qui entend exploiter des gisements de cobalt et de nickel. La compagnie pétrolière canadienne Gulfstream Ressource a obtenu des permis de prospection offshore sur la côte ouest de l'île. Il reste que l'état catastrophique des infrastructures constitue un lourd handicap pour les investisseurs. C'est pourquoi la compagnie Gulfstream a négocié, en même temps que ses permis, la collaboration de la marine malgache pour l'acheminement de ses équipements de prospection. Toute la question est de savoir si D. Ratsiraka pourra rassurer les investisseurs quant à la stabilité du régime. En effet, le président devra se plier aux institutions existantes, qui font de la IIIe République malgache un régime où le Premier ministre joue le rôle décisif.
Le chef de l'État pourra-t-il, comme il en a l'intention, faire modifier la Constitution? Si la question n'avait pas trouvé de réponse à la fin de l'année, il est néanmoins certain que les Malgaches ne se laisseront pas déposséder des acquis d'une démocratisation à laquelle cette élection a largement contribué.
Madagascar actualités 1998
Revenu au pouvoir en décembre 1996, Didier Ratsiraka a consacré une bonne partie de son énergie à ferrailler contre l'opposition, elle-même bien décidée à engager et à faire aboutir une procédure d'empêchement à son égard. Certes la manuvre a échoué. Et l'on pourra dire, à juste titre, à la lumière de ce débat, que la démocratisation n'est pas un vain mot ; mais il est tout aussi incontestable que les joutes politiques alimentent davantage la désespérance de la population qu'elles ne nourrissent l'espoir d'une amélioration de ses conditions de vie, Madagascar restant l'un des pays les plus pauvres du monde.
De toute évidence, les Malgaches ont décidé de ne pas se laisser déposséder des acquis d'une démocratisation qui, au cours des semaines de suspense ayant suivi l'élection présidentielle de décembre 1996, avait finalement passé avec succès sa première épreuve. Il reste que Didier Ratsiraka n'a pas semblé disposé à se plier aux institutions existantes qui font de la IIIe République malgache un régime où le Premier ministre joue le rôle décisif. C'est pourquoi le chef de l'Etat a tout mis en uvre pour faire passer un projet de révision de la Constitution. Mais c'était sans compter avec l'opposition, dont les représentants ont affronté, le 3 février 1998, au Parlement, les partisans du président Ratsiraka. Si la réforme prévoyait une large autonomie des six provinces de Madagascar, c'est surtout l'aspect plus politique qui a déclenché les passions. En effet, le projet défendu par le chef de l'Etat prévoyait un renforcement des pouvoirs présidentiels. Mais les Malgaches, qui avaient donné une très courte victoire à D. Ratsiraka contre le président sortant Albert Zafy, n'ont pas accepté d'étendre les prérogatives présidentielles. Par ailleurs, le Parlement a été saisi, toujours en février, d'une motion déposée par 49 députés de l'opposition, dont l'ancien président A. Zafy, demandant l'empêchement du chef de l'État pour violation de la Constitution. En revanche, D. Ratsiraka aura été plus « chanceux » en la matière puisque cette motion a été rejetée. D'ailleurs le président a tenu à rappeler qu'il restait un acteur important du jeu politique en « démissionnant » en juillet son Premier ministre Pascal Rakotomaro, qui a cédé la direction du gouvernement à Tantely Andrianarivo. Âgé de quarante-cinq ans, ce dernier, qui est membre du parti Arema, la formation du président, occupait le poste de secrétaire d'État à l'Économie et aux Finances dans le précédent gouvernement.
Alors que les députés, de la majorité et de l'opposition, s'adonnaient aux délices des joutes politiques, que favorisent, il est vrai, les trois pôles traditionnels du pouvoir dans la Grande Île le Premier ministre, le chef de l'État et le président de l'Assemblée nationale , les Malgaches étaient encore bien nombreux à vivre d'expédients, attendant d'hypothétiques jours meilleurs. Car si le « roi Didier », comme l'appellent ses concitoyens, est redevenu chef de l'État au terme d'une incroyable résurrection politique il avait conduit le pays à la faillite dans les années 80 en appliquant un socialisme autoritaire et corrompu , sa conversion au libéralisme économique n'a guère permis d'améliorer la situation du citoyen ordinaire. Pourtant, le FMI avait enregistré en 1997 une sensible amélioration des indicateurs économiques, dont un taux de croissance de 4 % (supérieur à la progression démographique) et une inflation inférieure à 5 %. Mais, comme chaque année, l'institution de Bretton Woods pouvait déplorer les faibles rentrées fiscales et la mauvaise gestion budgétaire. À cet égard, le millésime 1998 n'a pas créé de surprise. Pour sa part, la Banque mondiale a constaté que les privatisations, maintes fois annoncées, n'avaient guère progressé ; de même, les investisseurs étrangers attendaient encore que les autorités malgaches fassent preuve d'un peu d'imagination pour les convaincre de trouver le chemin d'Antananarivo. Enfin, pour ajouter à la désespérance de la population, les prévisions économiques ont dû être revues à la baisse après les cyclones et les invasions de criquets qui se sont abattus sur le sud-est de la Grande Île.
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