Cette cérémonie de joro fut organisée le samedi 29 juillet 2000 à l'occasion de la venue à Diégo-Suarez d'un groupe d'étudiants de la ville de Chelles (France) désirant découvrir au plus profond la musique traditionnelle des Sakalava.
C'est dans cette circonstance particulière qui associait Malgaches et Français dans un même respect de la tradition que, tôt le matin au lever du soleil, au bord du lac sacré
Antañavo, ZOMARÉ a placé son École de Musique et de Danse sous la protection de Zañahary et des Ancêtres (razaña) afin qu'ils daignent exaucer ses vux les plus chers.
Le lac à l'arrière-plan, l'arbre sacré, le zébu 'aomby mazava loha',
le mpijoro et ses assistants, l'enclos sacré.
Photo JML - ZOMARÉ © 2000
Qu'est-ce qu'un joro ?
(« Mythes, rites et transes à Madagascar », de Robert Jaovelo-Dzao, p.103 & p.133-134
Karthala Editions, 1996, 392 p.)
Les rites d'invocation joro à la lumière des mythes
Sans rites pas de religion possible!
Le culte sakalava ne saurait échapper à la règle. Pour être vivante et active, la religion doit s'exprimer dans des comportements liturgiques socialement codifiés. Le rite authentifie la croyance. En même temps il l'entretient. Par lui, le numineux devient partiellement vécu, corporel. Langage d'une expérience émotionnelle, le plus souvent collective, attestant la présence de la divinité, Zañahary, et des ancêtres, razaña, le rite reste avant tout l'incarnation du mythe. Modèles excellents du joro, les rites de passage se réfèrent précisément à la création du monde. En terme de structuralisme, ils font partie des rites systématiques totaux.
Joro
Le Sakalava traditionnel ignore le temple. La prière peut se réaliser partout. Les hauts-lieux de prières s'identifient aux lieux sacrés. Le joro a lieu à l'extérieur de l'enceinte sacrée. Sur une natte sacrée disposée à l'Ouest de celle-ci et tenant lieu d'autel, on dresse le couvert. Pour identifier la fonction de l'encens, trois éléments s'offrent à l'analyse : l'odeur, la fumée et le feu. Le feu consume, transforme et prépare la nourriture divine. La fumée élève et transporte le mets raffiné et déjà transformé en odeur parfumée. Et la divinité ne mange pas comme les humains, mais elle se contente de humer et de sentir la bonne odeur qui constitue la quintessence de l'offrande et de la prière. Et tout se réalise en un clin d'il. À signaler aussi que la mauvaise odeur éloigne les mauvais esprits, tandis que le parfum attire l'esprit bénéfique. Enfin le feu et la fumée protègent contre les esprits maléfiques.
Lors de la présentation du nouveau-né comme à l'occasion de la plupart des rites sacrés, le Sakalava distingue au moins trois genres d'officiants : l'orant du côté paternel, l'orant du côté maternel et le sacrificateur réservé à certains clans. Le sacrificateur, avant de procéder à l'acte fatal, prononce des formules conjuratoires à l'endroit de la victime. Il voudrait ainsi s'excuser de l'acte qu'il va accomplir. Il gémit de la mort de la bête et la pleure comme un parent. En lui tenant la queue après l'avoir frappé, il lui demande pardon. Indirectement, il s'adresse au reste de l'espèce à laquelle la victime appartient comme à un vaste clan familial, que l'on supplie de ne pas venger le dommage qui va lui être causé dans la personne d'un de ses membres. Il veut s'assurer que le sacrifice soit une violence sans risque de vengeance.
Quant aux deux autres ampijoro, on les situe au même plan dans la mesure où le système de parenté est cognatique ou indifférencié. Le système agnatique, bien entendu, met en relief le rôle de l'orant issu du lignage paternel du nouveau-né. En revanche, on fait grand cas de l'orant émanant du côté maternel dans la règle de filiation matrilinéaire. Quoi qu'il en soit de leur système d'appartenance, la structure et la substance de leur joro apparaissent quasiment analogues. L'une et l'autre formule font chacune état de Zañahary (Créateur, Divinité) et de Razaña (Ancêtres). La prière qui est une formule de demande en général, s'adresse d'abord à la Divinité et vient, en second lieu, à l'endroit des Ancêtres. Ce qui subdivise linvocation en deux grandes parties. Dans d'autres formules, on mentionne encore les génies (tsiny) et les lieux sacrés (tanimasiny). Ces formules d'invocations et prières, condensées ou plus ou moins développées selon l'orant et les circonstances, semblent contenir tout le "credo" sakalava. Non seulement elles renferment la religion traditionnelle de l'ethnie, mais encore sa philosophie et sa "Weltanschauung".
Les Sakalava invoquent une divinité polymorphe, pratiquent le culte des ancêtres et honorent les lieux qu'ils considèrent comme sacrés. Ils croient fermement qu'ils tiennent la vie de ces entités supérieures. La structure et le contenu des joro en sont les preuves parmi tant d'autres. La relecture des deux invocations sus-mentionnées suffit pour s'en rendre compte.
La première partie adressée à la Divinité commence par l'exposé des motifs avec rappel de la première demande, la présentation de l'assemblée présente et l'offrande du zébu de qualité. On appelle la Divinité par son nom Zañahary (Créateur). Les noms des parents se trouvent également explicités. Certains orants prennent le soin de consigner les qualités et les activités de la Divinité : manger en un clin dil, dormir dans un lit en or, guetter les sorciers, récompenser les "bienfaiteurs", punir les sorciers et prodiguer la vie. Les souhaits de vie, de santé et de maturité sont réalisés aux avantages du nouveau-né. Mais on n'exclut guère la collectivité afin que le zañahary lui accorde également la vie, la santé et la richesse matérialisée par beaucoup d'enfants et de zébus.
La deuxième partie consacrée aux Ancêtres, Razaña, reprend les mêmes thèmes, à quelques nuances près. Après une longue litanie des Razaña ponctuée par leurs lieux respectifs et sacrés d'inhumation, l'orant, ampijoro, présente à nouveau l'exposé des motifs et exprime ses souhaits les meilleurs à l'avantage de tous sans oublier le nouveau-né. Il désigne nommément les parents et invite les Razaña à partager le festin sacré avec les vivants. Il leur souhaite un excellent appétit et leur demande pour tous et chacun santé, honneur et prestance, maturité du bébé, richesse, progéniture, bénédiction et protection, et tout ce qui peut rendre la Vie douce, agréable et heureuse. Et il n'oublie pas d'exprimer la reconnaissance de la communauté villageoise à l'égard des mêmes Ancêtres.
